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OBSERVATOIRE DE LA SÉCULARITÉ · ALGÉRIE

Religion, modernité et autonomie des sphères sociales

Mesurer la sécularité ne revient pas à mesurer la disparition de la religion. PRISMA observe comment le religieux conserve, perd ou transforme son influence sur les institutions, la politique, le droit, l’économie, la famille, les savoirs et les choix individuels.

DÉFINITION · MISE À JOUR 19 SEPTEMBRE 2026

La sécularité ne signifie pas la disparition de la religion

PRISMA définit ici la sécularité comme le degré d’autonomie des différentes sphères de la vie sociale et des individus vis-à-vis des autorités, prescriptions et institutions religieuses. La sécularisation désigne le processus de transformation qui peut conduire à cette autonomie. Elle peut progresser dans une sphère et reculer dans une autre.

Cadre : sociologie de la religionUnité d’analyse : AlgérieVersion méthodologique : v1.0

1 · Société & institutions

État, droit, économie, science, éducation ou administration acquièrent leurs propres règles de fonctionnement au lieu d’être entièrement gouvernés par une norme religieuse. Pour José Casanova, cette différenciation fonctionnelle constitue le noyau le plus robuste de la théorie de la sécularisation.

Référence : José Casanova, Public Religions in the Modern World, 1994.

2 · Organisations religieuses

Les institutions religieuses elles-mêmes se spécialisent, se bureaucratisent ou adaptent leur rôle. Karel Dobbelaere distingue ainsi la sécularisation au niveau sociétal, organisationnel et individuel.

Référence : Karel Dobbelaere, travaux sur les trois niveaux de sécularisation.

3 · Individus

Une personne peut rester croyante ou pratiquante tout en décidant plus librement de ses choix familiaux, professionnels, politiques ou moraux. La sécularité individuelle mesure donc aussi l’autonomie à l’égard de l’autorité religieuse, pas seulement l’absence de foi.

Références : Dobbelaere ; Bryan Wilson.
SécularitéÉtat ou degré d’autonomie des sphères sociales et individuelles vis-à-vis du religieux.
SécularisationProcessus historique et social de différenciation, d’autonomisation ou de recomposition du religieux.
LaïcitéMode juridico-politique d’organisation des rapports entre l’État et les religions. Ses formes varient selon les pays.
Athéisme / irréligionPositions individuelles de croyance ou d’appartenance. Elles ne sont ni nécessaires ni suffisantes pour mesurer la sécularité d’une société.
À retenir. Une société peut rester très croyante tout en connaissant une forte autonomie de l’économie, de la science ou de certaines décisions publiques. Inversement, une faible pratique religieuse ne suffit pas à démontrer que le droit ou les institutions sont sécularisés.
SÉCULARITÉ & MODERNITÉ

Pourquoi la modernité transforme-t-elle le rapport au religieux ?

Les théories classiques associaient modernisation et recul inéluctable de la religion. La recherche contemporaine est plus prudente : la modernité favorise souvent la différenciation des sphères, le pluralisme et le choix individuel, mais elle ne produit ni partout ni toujours un déclin linéaire des croyances. Des réengagements religieux peuvent coexister avec des institutions modernes.

Différenciation fonctionnelle

Le droit, le marché, l’administration, la médecine, la science ou l’école tendent à fonctionner selon des compétences et procédures propres. C’est le lien le plus direct entre modernité et sécularisation chez Casanova et Dobbelaere.

Sécurité existentielle

Norris et Inglehart proposent que la sécurité matérielle, la santé, l’éducation et la protection sociale réduisent, en moyenne, le besoin de réponses religieuses face à l’incertitude. Il s’agit d’une théorie comparative, pas d’une causalité automatique applicable à chaque individu.

Pluralisme & choix

Pour Charles Taylor, la modernité modifie aussi les « conditions de croyance » : croire demeure possible, mais devient une option parmi d’autres dans un univers de convictions concurrentes. Cela peut individualiser le rapport à la foi sans supprimer la religion.

Modernité ≠ irréligion. PRISMA ne construit donc jamais un axe unique « traditionnel → moderne ». Nous mesurons séparément croyances, pratiques, autonomie individuelle, droit, institutions, politique, économie et espace public.
DÉTERMINANTS · MÉCANISMES À TESTER

Quels facteurs peuvent accélérer, ralentir ou inverser la sécularisation ?

Un déterminant n’est pas une preuve de causalité. Chaque mécanisme doit être confronté aux données algériennes dans le temps et, lorsque c’est possible, entre générations, niveaux d’éducation, territoires et catégories sociales.

Éducation & savoirs

Mécanisme : diversification des sources d’autorité, raisonnement scientifique, compétences critiques.
À mesurer : niveau d’études × religiosité × préférences sur le rôle du religieux en politique et dans le droit.

Sécurité économique & sociale

Mécanisme : stabilité de l’emploi, santé, protection sociale et réduction de l’incertitude peuvent modifier la demande de sécurité religieuse.
À mesurer : chômage, précarité, confiance dans l’avenir, religiosité.

Urbanisation & mobilité

Mécanisme : exposition à des normes, réseaux et modes de vie plus diversifiés.
À mesurer : urbain/rural, mobilité interne, migration, diaspora et écarts territoriaux.

Famille, genre & individualisation

Mécanisme : recul de l’autorité familiale, choix du conjoint, fécondité, activité féminine et transformation des rôles de genre peuvent déplacer l’autorité normative.
À mesurer : attitudes, pratiques familiales et autonomie de décision.

Générations

Mécanisme : le renouvellement générationnel peut faire évoluer les valeurs durablement ; les effets d’âge et de contexte peuvent toutefois produire des retours en arrière.
À mesurer : cohortes plutôt qu’une photographie ponctuelle.

Médias, numérique & pluralisme

Mécanisme : multiplication des discours religieux, non religieux et critiques ; circulation transnationale des normes.
À mesurer : usages numériques, sources d’information, tolérance au pluralisme.

État, droit & régulation du religieux

Mécanisme : l’État peut autonomiser certaines sphères tout en institutionnalisant la religion dans d’autres.
À mesurer : Constitution, droit de la famille, école, partis, culte, libertés et administration religieuse.

Crises & cycles politiques

Mécanisme : conflits, pandémie, crise économique ou discrédit d’acteurs religieux peuvent reconfigurer rapidement croyances et préférences politiques.
À mesurer : ruptures avant/après plutôt que tendance supposée linéaire.

Marché & économie

Mécanisme : contrats, entreprise, finance, consommation et emploi peuvent s’autonomiser de prescriptions religieuses, ou au contraire les réintégrer sous de nouvelles formes.
À mesurer : normes effectives et comportements, pas seulement les déclarations.

BAROMÈTRE PRISMA DE LA SÉCULARITÉ · v1.0

Mesurer plusieurs dimensions, sans fabriquer un faux « score 2026 »

Le baromètre suit sept axes. Un score composite 0–100 pourra être publié uniquement lorsque la couverture sera suffisante et comparable. 0 signifiera forte imbrication avec normes/autorités religieuses ; 100 forte autonomie. Ce score ne portera aucun jugement de valeur.

Dernière enquête nationale Arab Barometer disponible : 2021–2022Baseline détaillée religion-politique : 2019Score global actuel : non publié
1 · Institutions & droit

Religion d’État, liberté de culte, fondement des lois, droit familial, statut des institutions religieuses, neutralité de certaines institutions.

Couverture : partielle
2 · Politique

Influence souhaitée ou observée des responsables religieux sur les décisions publiques, élections et responsables politiques.

Baseline 2019
3 · Économie

Autonomie des règles économiques, du travail, de l’entreprise et des choix de consommation vis-à-vis de prescriptions religieuses.

Données à renforcer
4 · Individus

Religiosité déclarée, pratiques, importance de la religion et autonomie morale ou biographique.

2021–2022 partiel
5 · Famille & genre

Choix du conjoint, rôles de genre, fécondité, divorce, héritage, arbitrage entre norme familiale, droit et conviction religieuse.

Données dispersées
6 · Savoirs & éducation

Autonomie de la science, de l’école, de la recherche et des critères de connaissance.

Cadre juridique + data à relier
7 · Espace public & pluralisme

Tolérance des convictions, visibilité du religieux, liberté de culte, médias et coexistence de normes concurrentes.

Couverture partielle

Données disponibles pour l’Algérie

42 %

Influence des leaders religieux

En 2019, 42 % approuvaient que les responsables religieux aient leur mot à dire dans les décisions du gouvernement ; 48 % désapprouvaient.

Arab Barometer V · enquête 30 jan.–18 fév. 2019 · n=2 332 · marge ±2 pts.
43 %

Séparation du social et de l’économique

43 % estimaient en 2019 que la religion devait être séparée de la vie sociale et économique ; 51 % n’étaient pas d’accord.

Arab Barometer V · 2019.
44 %

Responsables publics plus religieux

44 % pensaient en 2019 que le pays irait mieux avec davantage de personnes religieuses dans les fonctions publiques ; 45 % étaient en désaccord.

Arab Barometer V · 2019.
43 / 39 / 14

Fondement souhaité des lois

43 % : lois entièrement ou surtout fondées sur la charia ; 39 % : à parts égales charia et volonté populaire ; 14 % : surtout ou entièrement volonté populaire.

Arab Barometer V · 2019.
15 % → −5 pts

« Non religieux »

Environ 15 % se déclaraient « non religieux » en 2018–2019. Arab Barometer indique ensuite une baisse de 5 points en Algérie dans la vague 2021–2022.

Arab Barometer V puis VII · tendance de religiosité personnelle, pas mesure directe de la sécularité institutionnelle.
24 % → −7 pts

Jeunes 18–29 ans

En 2018–2019, environ 24 % des jeunes Algériens se déclaraient « non religieux » ; la proportion diminue de 7 points dans la vague 2021–2022.

Arab Barometer · comparaison des vagues V et VII.
INDICATEURS PRISMA · CONNEXIONS DATA

Les indicateurs à lire ensemble

L’Observatoire ne duplique pas les séries DATA : il les met en relation. Chaque indicateur conserve sa propre fiche, ses sources, ses dates et ses limites méthodologiques.

Lecture croisée. Aucun de ces indicateurs ne suffit isolément à mesurer la sécularisation. Voir aussi Peut-on mesurer la sécularisation ?, Limites des sondages religieux et le Portail Transformations sociales.
Pourquoi aucun score global aujourd’hui ? Les vagues VIII (2023–2024) et IX (2025–2026) d’Arab Barometer n’incluent pas l’Algérie. PRISMA refuse donc de présenter comme « actuel » un indice composite fondé principalement sur 2019. Lesdonnées historiques restent affichées avec leur date et servent de baseline.
ALGÉRIE · CONFIGURATION INSTITUTIONNELLE

Un système mixte : religion d’État et autonomies sectorielles

Le cadre constitutionnel algérien ne se laisse pas résumer par « religieux » ou « laïque ». Il combine une référence religieuse de l’État et des garanties ou principes d’autonomie dans plusieurs domaines. C’est précisément ce type de configuration que l’Observatoire doit mesurer sans simplification.

Article 2

« L’Islam est la religion de l’État. » Cet article constitue un indicateur direct d’institutionnalisation du religieux au sommet de l’ordre constitutionnel.

Article 51

La liberté d’opinion est inviolable ; la liberté d’exercice des cultes est garantie dans le respect de la loi. L’État protège les lieux de culte de toute influence politique ou idéologique.

Article 57

Les partis politiques ne peuvent être fondés sur une base religieuse. Cette règle introduit une forme de différenciation entre appartenance religieuse et organisation partisane.

Article 65

L’État veille à la neutralité des institutions éducatives et à leur vocation pédagogique et scientifique afin de les protéger de toute influence politique ou idéologique.

Article 75

Les libertés académiques et la liberté de recherche scientifique sont garanties. Elles constituent un indicateur de l’autonomie formelle de la sphère du savoir.

Lecture PRISMA

La sécularité doit donc être mesurée sphère par sphère : politique, droit, économie, famille, science, école, espace public et individus peuvent évoluer à des rythmes différents.

À ne pas confondre. Le fait que l’islam soit religion de l’État ne permet pas, à lui seul, de conclure sur le degré d’autonomie de l’économie ou de la science. Inversement, l’autonomie d’un domaine ne signifie pas disparition de la religion dans la société.
MÉTHODE · SOURCES · TRAÇABILITÉ

Comment PRISMA construit l’Observatoire

Chaque analyse doit indiquer la date de la donnée, la date de publication, la population étudiée, la source, le type d’indicateur et ses limites. Les hypothèses de causalité sont séparées des simples corrélations.

1 · DéfinirNommer précisément le concept : sécularité, sécularisation, religiosité, laïcité, pluralisme, autonomie.
2 · MesurerUtiliser plusieurs indicateurs par axe et conserver les formulations exactes des questions d’enquête.
3 · ComparerSuivre les tendances dans le temps et entre générations, niveaux d’éducation, territoires et catégories sociales.
4 · Expliquer prudemmentDistinguer association, mécanisme plausible et causalité démontrée. Aucun déterminant n’est présenté comme automatique.

Références conceptuelles

José Casanova (1994) — Public Religions in the Modern World. Distingue différenciation des sphères, déclin des croyances/pratiques et privatisation de la religion.
José Casanova (2006/2011) — Rethinking Secularization. Insiste sur la pluralité des trajectoires historiques et géographiques.
Karel Dobbelaere — travaux sur la sécularisation. Analyse les niveaux sociétal, organisationnel et individuel.
Charles Taylor (2007) — A Secular Age. La modernité transforme les conditions dans lesquelles croire ou ne pas croire devient une possibilité parmi d’autres.
Pippa Norris & Ronald Inglehart — Sacred and Secular. Théorie comparative de la sécurité existentielle, du développement humain et des changements générationnels.

Sources Algérie & données

Constitution de 2020 — Journal officiel n°82, 30 décembre 2020. Articles 2, 51, 57, 65, 75 notamment.
Arab Barometer V — Algérie — rapport 2019. Enquête nationale, 2 332 entretiens en face-à-face, 30 janvier–18 février 2019, marge ±2 points.
Arab Barometer VII — Algérie — rapport 2022. 2 162 entretiens en face-à-face, 26 mai–7 juillet 2022, marge ±2 points.
Arab Barometer — religiosité — MENA Youth Lead Return to Religion, 2023. Documente la baisse de la part « non religieuse » entre les vagues V et VII en Algérie.
Couverture des vagues — Arab Barometer Data Downloads. L’Algérie est présente en vague VII mais pas dans les listes des vagues VIII et IX.
Statut de l’analyse : version 1.0 publiée le 19 septembre 2026. Les chiffres 2019 sont conservés comme baseline historique et ne sont pas présentés comme une photographie de 2026. Le baromètre sera recalculé lorsque de nouvelles données nationales comparables seront disponibles.
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