À retenir
Le « poids du religieux dans les normes sociales » ne se résume pas à un taux unique. En Algérie, les enquêtes disponibles montrent une religiosité personnelle majoritaire, mais des positions plus partagées lorsqu’il s’agit de traduire la religion en autorité politique, en source du droit ou en règle sociale. PRISMA traite donc cette fiche comme un tableau de bord multidimensionnel plutôt que comme un indice synthétique.
Ce que mesure réellement cette fiche
PRISMA distingue plusieurs niveaux qui sont souvent confondus : identité religieuse personnelle, pratique, normes sociales, préférence pour une référence religieuse dans le droit et rôle souhaité des acteurs religieux dans la décision publique. Ces dimensions peuvent évoluer dans des directions différentes.
Se dire religieux ou non religieux
Il s’agit d’une auto-identification subjective. Elle ne dit pas, à elle seule, comment la personne souhaite organiser le droit, la famille ou l’espace public.
Lire, prier, fréquenter un lieu de culte
La pratique renseigne sur l’engagement religieux observé ou déclaré, mais ne mesure pas directement une préférence institutionnelle.
Ce qui est jugé souhaitable ou légitime
Famille, rapports de genre, voisinage, comportements individuels ou vie collective doivent être étudiés séparément.
Religion, loi et décision collective
Le rôle des responsables religieux, la place de la charia ou la séparation entre religion et vie socio-économique relèvent d’un autre niveau de mesure.
Série principale · influence des responsables religieux sur les décisions du gouvernement
C’est la série la plus longue et la plus directement comparable disponible dans les rapports Arab Barometer pour l’Algérie. Elle montre une forte variation dans le temps, sans trajectoire linéaire.
Arab Barometer signale 2006 comme estimation non pondérée dans son rapport thématique 2019 ; les vagues ultérieures sont issues d’enquêtes nationales représentatives. La valeur 2016 correspond à 43,62 % dans le rapport pays et est arrondie à 44 % dans les publications de synthèse.
2019 · quelle référence pour la loi ?
La question sur la source souhaitée des lois révèle une structure plus nuancée qu’une opposition binaire entre « religieux » et « séculier ». En 2019, 43 % souhaitent des lois entièrement ou principalement fondées sur la charia ; 39 % préfèrent une base équilibrée entre charia et volonté populaire ; 14 % privilégient principalement ou entièrement la volonté populaire.
39 % · équilibre
14 % · volonté populaire + NSP/NR
La troisième zone graphique regroupe visuellement les 14 % privilégiant la volonté populaire et la faible part de non-réponses afin d’atteindre 100 %. Les catégories détaillées publiées par Arab Barometer sont : 15 % « entièrement charia », 28 % « principalement charia », 39 % « à parts égales », 14 % « principalement ou entièrement volonté populaire ».
Lecture PRISMA · une religiosité forte ne produit pas une norme unique
Identité personnelle
La part se déclarant « non religieuse » passe de 15 % en 2018-2019 à environ 10 % en 2021-2022. Chez les 18-29 ans, elle passe d’environ 24 % à 17 %. Cela décrit l’auto-positionnement personnel, pas directement l’organisation souhaitée de la société.
Pratique
Entre 2018-2019 et 2021-2022, Arab Barometer observe en Algérie une hausse de 4 points de la part des adultes déclarant lire ou écouter quotidiennement un texte religieux, et de 13 points chez les jeunes.
Autorité publique
En 2019, 42 % souhaitent une influence des responsables religieux sur les décisions gouvernementales, tandis que 48 % s’y opposent. Sur cet item, l’opinion apparaît divisée plutôt qu’uniforme.
Norme juridique
Le même répondant peut être personnellement pratiquant, préférer une référence à la charia dans certaines matières et refuser une influence directe des responsables religieux sur la décision publique. PRISMA ne fusionne donc pas ces dimensions dans un score unique.
Normes familiales et de genre · un indicateur voisin, pas une preuve de causalité religieuse
Les normes familiales constituent un terrain important pour observer les transformations sociales, mais elles ne peuvent pas être attribuées mécaniquement à la religion. Arab Barometer mesure par exemple l’adhésion à l’idée que l’homme devrait avoir le dernier mot dans toutes les décisions familiales : 77 % en 2016, 71 % en 2019 et 65 % en 2022.
| Repère | 2016 | 2019 | 2022 | Comment lire |
|---|---|---|---|---|
| « L’homme devrait avoir le dernier mot dans les décisions familiales » | 77 % | 71 % | 65 % | Baisse de 12 points sur la période ; norme de genre, pas mesure directe de religiosité. |
| « L’université est plus importante pour les hommes que pour les femmes » | 25 % | 21 % | 30 % | Évolution non linéaire ; montre pourquoi plusieurs normes doivent être suivies séparément. |
Ces données servent de contexte et renvoient à la fiche PRISMA dédiée à l’égalité femmes-hommes. Elles ne sont pas intégrées à la série principale « poids du religieux ».
Pluralisme religieux · distance sociale mesurée en 2016
Arab Barometer a également testé la désirabilité de différents profils de voisins. En 2016, 50,8 % des répondants déclarent « ne pas aimer » ou « ne pas aimer du tout » avoir comme voisin une personne d’une autre religion ; 46,5 % répondent de même pour une personne appartenant à une autre branche de l’islam.
Cette mesure renseigne sur une distance sociale déclarée. Elle ne doit pas être confondue avec une mesure juridique de la liberté religieuse, ni avec une mesure directe de pratique ou de croyance.
Chronologie des principaux repères disponibles
| Période | Donnée | Dimension | Source |
|---|---|---|---|
| 2006 | 47 % favorables à une influence des responsables religieux sur les décisions du gouvernement. | Religion & décision publique | Arab Barometer I / synthèse 2019 |
| 2011 | 23 % sur le même item. | Religion & décision publique | Arab Barometer II |
| 2013 | 28 % sur le même item. | Religion & décision publique | Arab Barometer III |
| 2016 | 44 % sur le même item ; 60 % estiment que les responsables religieux ne devraient pas intervenir dans les choix électoraux des citoyens. | Autorité religieuse / autonomie du vote | Arab Barometer IV |
| 2018-2019 | 42 % pour l’influence des responsables religieux ; 43 % pour des lois surtout/entièrement fondées sur la charia ; 15 % se déclarent non religieux. | Politique, droit, identité | Arab Barometer V |
| 2021-2022 | ≈10 % se déclarent non religieux ; hausse de la lecture/écoute quotidienne de textes religieux par rapport à 2019. | Identité & pratique | Arab Barometer VII |
Méthodologie et limites
- Arab Barometer V (2019) : 2 332 entretiens en face-à-face en Algérie, du 30 janvier au 18 février 2019 ; marge d’erreur annoncée de ±2 points.
- Arab Barometer IV (2016) : échantillon probabiliste national ; le programme vise généralement environ 1 200 adultes par pays.
- Arab Barometer VII (2022) : 2 162 observations, terrain du 26 mai au 7 juillet 2022, échantillonnage probabiliste stratifié ; le rapport technique indique l’exclusion d’environ 9 % de la population vivant dans certaines wilayas du cadre utilisé.
- Les formulations ne sont pas toutes identiques d’une vague à l’autre : PRISMA ne construit une série temporelle que lorsque l’item est suffisamment comparable.
- Une opinion déclarée ne prouve ni un comportement effectif ni un mécanisme causal. Les écarts par âge, sexe, instruction, région ou situation socio-économique doivent être étudiés séparément.
- La religiosité personnelle, les normes familiales, les préférences juridiques et la place de la religion en politique sont reliées analytiquement mais ne sont pas interchangeables.
Actualité de la série
Pour l’Algérie, la vague VII de 2021-2022 reste la dernière vague Arab Barometer disponible sur l’auto-positionnement religieux. Les vagues VIII (2023-2024) et IX (2025-2026) ne comprennent pas l’Algérie. Pour l’item spécifique sur l’influence des responsables religieux dans les décisions gouvernementales, 2019 demeure le dernier repère directement comparable publié dans les rapports pays utilisés ici.
Sources de référence
- Arab Barometer — Algeria Protests 2019 — série 2006, 2011, 2013, 2016 et 2019 sur l’influence des responsables religieux dans les décisions gouvernementales.
- Arab Barometer — Algeria Country Report 2019 — rôle de la religion dans la vie publique et base souhaitée des lois.
- Arab Barometer — Algeria Country Report 2016 — religion et vie publique, vote, voisinage, normes familiales.
- Arab Barometer — MENA Youth Lead Return to Religion, 2023 — auto-positionnement religieux et pratiques, 2018-2019 / 2021-2022.
- Arab Barometer — Algeria Report 2021-2022 — normes familiales, éducation et autres repères sociaux.
- Arab Barometer — Wave VII Technical Report — méthode, terrain et échantillon algérien 2022.
- Arab Barometer — Data Downloads — couverture des vagues VIII et IX.
À lire avec · connexions PRISMA
Place souhaitée de la religion en politiqueAutorité religieuse, responsables publics et décision politique.
Religion et règle publiqueArticulation entre normes religieuses et espace collectif.
Islam et ConstitutionCadre constitutionnel distinct des attitudes de l’opinion.
Égalité femmes-hommes dans les normes socialesNormes de genre, famille, leadership et éducation.
Statut personnelDroit de la famille et articulation avec les transformations sociales.
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