prisma

À retenir

Croyance, pratique et identité ne sont pas trois mots pour une même réalité. Une personne peut appartenir à une tradition religieuse sans se dire très religieuse, se définir comme croyante sans pratiquer régulièrement, ou pratiquer certains rites sans souhaiter que les normes religieuses organisent la vie publique. Pour l’Algérie, les données disponibles montrent surtout une configuration mouvante : la religiosité déclarée a reculé à la fin des années 2010 puis remonté au début des années 2020, tandis que certains indicateurs de pratique ont également progressé. PRISMA traite donc cet ensemble comme un tableau de bord multidimensionnel, jamais comme un score unique.

78 %déclaraient en 2015 que la religion était « très importante » dans leur vie — Afrobarometer, Round 6.
15 %se décrivaient comme « non religieux » en Algérie en 2018-2019 — Arab Barometer V.
≈10 %se décrivaient comme « non religieux » en 2021-2022, soit environ 5 points de moins qu’en 2018-2019.
24 → ≈17 %chez les 18-29 ans : part « non religieuse » en 2018-2019 puis niveau déduit après une baisse de 7 points en 2021-2022.

Trois dimensions à distinguer

1 · Croyance

Ce que l’on tient pour vrai ou sacré

La croyance renvoie à l’adhésion personnelle à des convictions religieuses : foi, conception de Dieu, de la révélation, du salut, du licite et de l’illicite, etc. Elle est difficile à résumer par une seule question et n’est pas toujours directement observable par les enquêtes disponibles.

2 · Pratique

Ce que l’on fait

Prière, jeûne, fréquentation des lieux de culte, lecture ou écoute de textes religieux, rites familiaux ou participation à des célébrations sont des comportements. Une pratique peut être régulière, occasionnelle, familiale, culturelle ou strictement personnelle.

3 · Identité

La manière de se définir

L’identité religieuse correspond à une auto-description : « religieux », « plutôt religieux », « non religieux », appartenance à une confession ou rattachement culturel. Elle peut demeurer forte même lorsque la pratique baisse, ou se recomposer sans disparition de la croyance.

Point méthodologique central : « non religieux » ne signifie pas automatiquement « athée », « sans religion » ou « opposé à la religion ». De même, « religieux » ne signifie pas nécessairement pratique intensive ni préférence pour une traduction politique ou juridique de la religion.

Le tableau de bord algérien disponible

RepèreRésultatDimension mesuréeLecture
2015 · Afrobarometer R678 % disent que la religion est « très importante » dans leur vie.Importance subjective / centralitéMesure l’importance accordée à la religion, pas la fréquence de pratique.
2016 · Arab Barometer IV33 % religieux · 55 % plutôt religieux · 12 % non religieux.Auto-positionnementUne majorité se situe dans une catégorie intermédiaire plutôt que dans une opposition binaire.
2018-2019 · Arab Barometer V15 % se disent non religieux.Auto-positionnementPoint haut récent publié pour l’Algérie.
2018-2019 · 18-29 ans24 % se disent non religieux.Auto-positionnement générationnelÉcart générationnel marqué à cette date.
2021-2022 · Arab Barometer VII≈10 % se disent non religieux.Auto-positionnementRecul d’environ 5 points par rapport à 2018-2019.
2021-2022 · 18-29 ans≈17 % se disent non religieux.Auto-positionnement générationnelBaisse d’environ 7 points par rapport à 2018-2019.
2018-2019 → 2021-2022+4 points chez l’ensemble des adultes et +13 points chez les jeunes pour la lecture/écoute quotidienne de textes religieux.Pratique déclaréeMontre qu’identité et pratique peuvent évoluer simultanément mais doivent rester mesurées séparément.

Les chiffres proviennent d’enquêtes différentes et de formulations distinctes. PRISMA ne les additionne pas et ne construit pas un « indice de religiosité » artificiel.

Trajectoire récente de l’auto-positionnement

La série la plus lisible actuellement concerne la part de personnes se décrivant comme « non religieuses ». Elle illustre une évolution non linéaire : baisse relative en 2016, hausse à la fin des années 2010, puis reflux en 2021-2022.

2016
12 %
2018-2019
15 %
2021-2022
≈10 %

Cette séquence interdit de présenter la société algérienne comme engagée dans une trajectoire continue et irréversible de « déreligiosisation » ou, à l’inverse, de « retour au religieux ». Elle montre plutôt que l’auto-identification religieuse varie avec les générations et les contextes.

Lecture PRISMA · comprendre les écarts entre croyance, pratique et identité

Identité sans pratique intensive

Une appartenance religieuse peut rester centrale dans l’identité familiale, culturelle ou nationale alors que certaines pratiques deviennent moins fréquentes ou plus individualisées.

Pratique sans étiquette forte

À l’inverse, une personne peut accomplir des pratiques religieuses tout en refusant de se définir comme « très religieuse ». Les catégories subjectives dépendent du vocabulaire et du contexte social.

Vie privée et norme publique

La religiosité personnelle n’équivaut pas à une préférence pour l’intervention des responsables religieux, pour une législation religieuse ou pour une norme sociale particulière. Ces dimensions doivent être suivies séparément.

Génération et cycle de vie

Un écart entre jeunes et plus âgés peut correspondre à un effet de génération, à un effet d’âge ou aux deux. Il faut plusieurs vagues d’enquête comparables pour distinguer durablement ces mécanismes.

Les jeunes : le groupe le plus mobile

Les 18-29 ans sont la catégorie dans laquelle les variations récentes ont été les plus fortes. En 2018-2019, 24 % des jeunes Algériens interrogés se disaient « non religieux », contre une proportion plus faible dans l’ensemble de la population. Arab Barometer indique qu’en 2021-2022 cette part a diminué de 7 points, soit environ 17 %.

Sur la même période, l’engagement quotidien avec les textes religieux a augmenté de 13 points chez les jeunes Algériens, contre +4 points pour l’ensemble des adultes. Le mouvement observé touche donc à la fois l’étiquette identitaire et au moins une pratique déclarée. Il ne permet toutefois pas de conclure que toutes les pratiques religieuses ont évolué dans les mêmes proportions.

Une identité religieuse peut être culturelle, familiale, spirituelle ou normative

Dimension culturelle

Le rattachement religieux peut fonctionner comme héritage, appartenance familiale, calendrier de fêtes, vocabulaire moral ou marqueur collectif, même lorsque la pratique individuelle est irrégulière.

Dimension spirituelle

La croyance peut être fortement intériorisée sans être accompagnée d’une participation institutionnelle ou communautaire fréquente.

Dimension rituelle

Des pratiques peuvent rester régulières pour des raisons de foi, de transmission, d’habitude ou de sociabilité. Une enquête ne peut pas présumer le motif à partir du seul comportement déclaré.

Dimension normative

Le fait de considérer une pratique comme souhaitable pour soi ne signifie pas nécessairement souhaiter qu’elle devienne une obligation sociale ou une règle publique.

Cadre institutionnel : un contexte, pas un indicateur d’opinion

La Constitution algérienne de 2020 dispose à son article 2 que « l’Islam est la religion de l’État ». Son préambule cite également l’Islam, l’Arabité et l’Amazighité parmi les composantes fondamentales de l’identité nationale. Ce cadre institutionnel constitue un élément de contexte important pour comprendre la socialisation religieuse et la place symbolique de la religion, mais il ne permet pas de déduire les croyances individuelles ni l’intensité de la pratique.

PRISMA sépare donc strictement trois plans : le cadre constitutionnel de l’État, les normes et institutions sociales, et les attitudes ou comportements déclarés par les individus.

Ce qu’il faut suivre pour comprendre la transformation

Pratiques

Fréquence et diversité

Prière, jeûne, textes religieux, fréquentation des lieux de culte, dons, rites familiaux et pratiques numériques ne décrivent pas exactement la même forme de religiosité.

Institutions

Confiance et autorité

La confiance dans les institutions ou responsables religieux peut évoluer différemment de la foi personnelle et de la pratique.

Normes

Famille, genre et espace public

Les normes sociales doivent être mesurées par des questions dédiées plutôt que déduites du seul auto-positionnement religieux.

Territoires

Régions, urbain/rural, mobilités

Les moyennes nationales peuvent masquer des écarts territoriaux. Ces écarts ne doivent être publiés que lorsque les échantillons permettent une comparaison statistiquement défendable.

Générations

Âge, cohorte et transmission

Il faut distinguer le fait d’être jeune à un moment donné d’un changement durable propre à une génération.

Éducation & situation sociale

Facteurs associés

Niveau d’études, activité, revenus, mariage, mobilité ou exposition médiatique peuvent être étudiés comme variables associées, sans être présentés automatiquement comme causes.

Questions de recherche à ouvrir dans PRISMA

  • Le recul du « non religieux » observé en 2021-2022 se maintient-il dans les prochaines enquêtes incluant l’Algérie ?
  • Les évolutions de l’identité déclarée s’accompagnent-elles d’une évolution comparable de la prière, du jeûne ou de la fréquentation des lieux de culte ?
  • Les jeunes revenus vers une identité plus religieuse après 2019 ont-ils également modifié leurs attitudes à l’égard de la religion dans la politique ou le droit ?
  • Observe-t-on une individualisation de la croyance, avec une pratique davantage personnelle et moins dépendante des institutions religieuses ?
  • Quels écarts apparaissent selon le sexe, le niveau d’instruction, la situation matrimoniale, le territoire et la situation socio-économique ?
  • Comment distinguer évolution durable, effet de contexte et simple changement de vocabulaire dans l’auto-description religieuse ?

Méthodologie et précautions

  • Ne pas confondre appartenance et religiosité : une personne peut appartenir à une religion et se décrire comme « non religieuse » au sens d’une faible intensité de religiosité.
  • Ne pas confondre croyance et pratique : un comportement déclaré ne permet pas de connaître exactement le contenu de la foi.
  • Désirabilité sociale : les questions religieuses peuvent être sensibles ; le mode d’enquête et le contexte peuvent influencer les réponses.
  • Comparabilité : seules des formulations identiques ou suffisamment proches doivent être utilisées pour construire une série temporelle.
  • Échantillon : les résultats sont des estimations issues d’enquêtes, pas des comptages exhaustifs de la population.
  • Temporalité : une variation entre deux vagues ne constitue pas à elle seule une tendance structurelle.
  • Causalité : pandémie, économie, transformations familiales, éducation ou événements politiques peuvent être des hypothèses de contexte ; leur effet doit être testé avant d’être affirmé.

Actualité des données

Pour l’Algérie, la vague VII d’Arab Barometer (2021-2022) demeure la dernière vague de cette source permettant de suivre directement ces indicateurs d’auto-positionnement et de pratique. Les vagues VIII (2023-2024) et IX (2025-2026) ne couvrent pas l’Algérie. La fiche doit donc conserver 2021-2022 comme dernier repère comparable tant qu’une nouvelle enquête nationale de méthodologie équivalente n’est pas disponible.

Sources de référence

À lire avec · connexions PRISMA

UNIVERS PRISMA

Explorer Observatoire de la sécularité

Retrouvez les fiches, analyses et indicateurs déjà publiés dans cet univers.

Retour en haut