prisma
PRISMA · HISTOIRE & MÉMOIRE · TRAVAIL, SYNDICATS & MOUVEMENTS SOCIAUX

Histoire du syndicalisme en Algérie

De l’organisation ouvrière sous colonisation aux syndicats nationalistes de 1956, de l’UGTA du parti unique au pluralisme syndical de 1990, puis aux syndicats autonomes, aux grandes mobilisations sociales et au nouveau cadre légal de 2023 : une histoire du travail, de l’autonomie collective et du rapport entre syndicats, État, entreprises et société.

Période : fin XIXe siècle–2026Mise à jour : 19 septembre 2026JORADP · OIT · archives · recherche académiqueFaits, positions syndicales et positions de l’État distingués
COMPRENDRE EN DEUX MINUTES

Le syndicalisme algérien n’est pas l’histoire d’une seule centrale

Le syndicalisme en Algérie s’est formé dans plusieurs espaces : entreprises coloniales, émigration ouvrière en France, syndicats français, mouvement national, UGTA et USTA pendant la guerre, entreprises publiques après l’indépendance, fonction publique, écoles, hôpitaux, administrations et plus récemment secteur privé. Son histoire est traversée par une question constante : jusqu’où une organisation de travailleurs peut-elle rester autonome vis-à-vis de l’État, des partis et des employeurs ?

Syndicat ≠ parti

Un syndicat défend d’abord des intérêts professionnels, matériels et sociaux. Il peut adopter des positions publiques ou participer à des mobilisations politiques sans devenir juridiquement un parti.

UGTA ≠ tout le syndicalisme

L’UGTA joue un rôle historique central depuis 1956, mais le pluralisme ouvert en 1989–1990 a vu apparaître de nombreuses organisations autonomes, particulièrement dans les administrations, l’éducation et la santé.

Grève ≠ syndicalisation

Des conflits du travail peuvent naître hors des structures syndicales, et inversement une organisation peut négocier sans appeler à la grève. Le droit syndical, la négociation collective et le droit de grève sont trois dimensions liées mais distinctes.

Méthode PRISMA. La fiche distingue organisation syndicale, mouvement de grève, politique sociale de l’État, parti politique et mouvement social. Elle ne reprend pas comme faits établis les accusations respectives de « caporalisation », « instrumentalisation » ou « illégalité » sans préciser qui les formule et dans quel contexte.
DÉFINITIONS · OUTILS DE LECTURE

Sept notions pour lire l’histoire syndicale

Liberté syndicale

Droit des travailleurs et employeurs de constituer des organisations de leur choix, d’y adhérer et de les faire fonctionner sans ingérence injustifiée. Elle est protégée notamment par la Convention OIT n°87.

Négociation collective

Processus par lequel représentants des travailleurs et employeurs négocient salaires, conditions de travail, droits collectifs ou conventions. La Convention OIT n°98 protège le droit d’organisation et de négociation collective.

Représentativité

Capacité juridique d’une organisation à représenter des travailleurs ou employeurs selon des critères prévus par la loi. Elle conditionne certains droits de négociation, de consultation et de représentation.

Pluralisme syndical

Possibilité pour plusieurs organisations concurrentes ou complémentaires d’exister dans une même profession, branche ou secteur.

Autonomie syndicale

Indépendance organisationnelle à l’égard du gouvernement, des partis et des employeurs. C’est l’un des fils conducteurs de l’histoire de l’UGTA comme des syndicats autonomes postérieurs.

Conflit collectif

Désaccord collectif relatif aux relations socioprofessionnelles ou aux conditions générales de travail entre travailleurs et employeur(s). La loi de 2023 encadre conciliation, médiation, arbitrage et grève.

Corporatisme

Terme utilisé dans plusieurs sens. Dans ce dossier, il désigne soit une organisation centrée sur une profession, soit un mode d’intégration des organisations sociales dans le système institutionnel de l’État. Il ne doit pas être utilisé comme simple jugement péjoratif.

FIN XIXe SIÈCLE–1954 · COLONISATION ET FORMATION D’UNE CLASSE OUVRIÈRE

Du syndicalisme européen à l’algérianisation des organisations

Les premières structures syndicales implantées en Algérie coloniale sont liées aux organisations françaises et concernent surtout les travailleurs européens. Les Algériens musulmans sont soumis à un régime juridique discriminatoire et découvrent aussi le syndicalisme dans l’émigration ouvrière en France.

Premières organisations

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, des syndicats de métiers se développent dans les villes et secteurs européens. L’accès des colonisés à l’organisation collective reste limité par le statut colonial, les discriminations et la structure du marché du travail.

Émigration en France

Après la Première Guerre mondiale, l’émigration ouvrière algérienne devient un espace majeur de politisation. Des travailleurs adhèrent à la CGT ou à la CGTU et fréquentent des réseaux communistes, anticolonialistes et nationalistes.

Années 1930–1940

CGT, CGTU puis CGT réunifiée structurent le syndicalisme en Algérie. Les adhérents musulmans deviennent plus nombreux après la Seconde Guerre mondiale, notamment dans les ports, chemins de fer, mines, bâtiment et secteurs urbains.

1946–1954 · vers l’autonomie

Les syndicalistes algériens contestent progressivement la domination des cadres métropolitains. La CGT d’Algérie se transforme en 1954 en Union générale des syndicats algériens (UGSA), tout en restant liée à la CGT et à l’univers communiste.

Un double apprentissage. Le syndicalisme ouvrier algérien se construit simultanément dans la lutte sociale et dans la question nationale. Cette articulation explique pourquoi les divisions du mouvement national se répercutent directement sur les centrales syndicales en 1956.
1956–1962 · SYNDICALISME ET GUERRE DE LIBÉRATION

Trois centrales dans un espace traversé par la lutte nationale

En 1956, le mouvement syndical se recompose autour de l’UGSA, de l’USTA liée au courant messaliste/MNA et de l’UGTA proche du FLN. Toutes revendiquent une représentation des travailleurs algériens, mais elles s’inscrivent dans des stratégies politiques concurrentes.

Février 1956 · USTA

L’Union syndicale des travailleurs algériens est constituée par des syndicalistes liés au MNA de Messali Hadj. Les sources divergent sur la date précise de constitution ou d’annonce — autour du 14 au 20 février 1956 — et PRISMA conserve cette incertitude plutôt que d’imposer une date unique.

24 février 1956 · UGTA

L’Union générale des travailleurs algériens est officiellement créée à Alger. Elle recrute de nombreux cadres issus de l’UGSA et devient rapidement un instrument important de mobilisation sociale, internationale et politique au service de la cause indépendantiste portée par le FLN.

UGSA

L’Union générale des syndicats algériens demeure liée au courant communiste et à la tradition CGT. Son audience diminue fortement lorsque des cadres et adhérents rejoignent les nouvelles centrales nationalistes.

Aïssat Idir

Fondateur et premier secrétaire de l’UGTA, Aïssat Idir est arrêté le 23 mai 1956. Acquitté en janvier 1959 mais maintenu en internement administratif, il meurt le 26 juillet 1959 après de graves brûlures. Les organisations syndicales internationales ont dénoncé torture et mauvais traitements ; les autorités françaises ont soutenu une autre version des circonstances. L’OIT a consigné ces allégations et réponses.

28 janvier–4 février 1957

La grève de huit jours appelée par le FLN vise aussi à démontrer la capacité de mobilisation nationale au moment où la question algérienne est portée devant l’ONU. La répression et les réquisitions frappent durement les réseaux ouvriers et commerciaux.

Internationalisation

L’UGTA développe des relais en Afrique, en Europe, au sein de la Confédération internationale des syndicats libres et auprès d’autres centrales. Les recherches récentes montrent que le syndicalisme devient un véritable acteur diplomatique de la lutte indépendantiste.

1962–1988 · INDÉPENDANCE ET MONOLITHISME SYNDICAL

Une centrale de masse entre autonomie, autogestion et intégration au système du parti unique

À l’indépendance, l’UGTA est la centrale syndicale dominante. Elle dispose d’une légitimité issue de la guerre mais entre rapidement en conflit avec la direction politique sur la question de son autonomie. Le système du parti unique finit par intégrer durablement le syndicalisme officiel dans les organisations de masse.

Été 1962 · l’autonomie en question

L’UGTA tente de peser face aux affrontements de la crise de l’été 1962 et défend le principe d’une organisation syndicale disposant de sa propre légitimité. Cette position l’oppose rapidement à la logique de contrôle politique du nouveau pouvoir.

17–20 janvier 1963 · premier congrès de l’indépendance

Le congrès de l’UGTA devient un moment décisif. Des archives et travaux historiques décrivent une intervention directe du FLN et du gouvernement Ben Bella qui marginalise les partisans d’une autonomie organique de la centrale et installe une direction plus proche du pouvoir.

Autogestion

Dans les entreprises et exploitations vacantes, travailleurs et comités de gestion expérimentent diverses formes d’autogestion. L’UGTA est impliquée dans ce processus, mais ses militants débattent du degré réel de pouvoir des travailleurs face à l’administration et au parti.

Après 1965

Le régime de Houari Boumediene renforce la planification, le secteur public et un discours social favorable aux travailleurs, tout en maintenant un système politique sans pluralisme syndical légal. L’UGTA conserve des espaces internes de négociation mais reste institutionnellement liée au FLN.

Années 1970

Industrialisation, entreprises publiques, statuts du travail et protection sociale élargissent fortement le salariat. Le syndicalisme participe à la gestion des relations professionnelles mais dans un cadre où l’État est simultanément employeur, planificateur et autorité politique.

Article 120 et organisations de masse

À la fin des années 1970 et au début des années 1980, l’articulation institutionnelle entre responsabilités dans les organisations de masse et appartenance au FLN renforce encore la dépendance politique de la centrale, selon de nombreux travaux sur la période.

Monolithisme ne signifie pas absence de conflits. Des grèves et tensions existent dans les entreprises publiques, y compris lorsque l’UGTA est intégrée au système. Le monopole organisationnel empêche le pluralisme syndical, mais ne supprime ni les revendications salariales ni les conflits de travail.
1988–1990 · RUPTURE ET PLURALISME

Octobre 1988 ouvre le champ syndical

La crise sociale et politique de 1988, la Constitution de 1989 et les lois sociales de 1990 bouleversent le système. Le droit syndical cesse juridiquement d’être confondu avec l’appartenance à une centrale unique.

1989 · reconnaissance constitutionnelle

La Constitution pluraliste reconnaît le droit syndical. Des salariés de la fonction publique et des secteurs professionnels commencent à créer des structures indépendantes de l’UGTA.

2 juin 1990 · loi n° 90-14

La loi relative aux modalités d’exercice du droit syndical crée le cadre du pluralisme : travailleurs et employeurs peuvent former des organisations et y adhérer selon les procédures prévues par le texte.

6 février 1990 · conflits collectifs et grève

La loi n° 90-02 encadre prévention et règlement des conflits collectifs de travail et exercice du droit de grève. Elle accompagnera pendant plus de trente ans les relations professionnelles avant d’être remplacée par la loi de 2023.

19 octobre 1962 · un héritage OIT réactivé

L’Algérie avait ratifié dès 1962 les Conventions OIT n°87 et n°98 sur liberté syndicale et négociation collective. Le pluralisme de 1989–1990 donne à ces engagements un nouveau terrain d’application interne.

ANNÉES 1990–2010 · ESSOR DES SYNDICATS AUTONOMES

La fonction publique devient le principal laboratoire du pluralisme

Le nouveau syndicalisme autonome se développe surtout dans les administrations, l’enseignement et la santé. Ces organisations sont souvent sectorielles ou professionnelles, avec des formes de coordination distinctes du modèle confédéral historique de l’UGTA.

SNAPAP

Le Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique devient l’une des organisations les plus visibles du pluralisme post-1990. Il intervient sur salaires, statuts, libertés syndicales et conditions de travail dans la fonction publique.

SATEF et éducation

Le Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation fait partie des organisations créées dans le nouveau cadre pluraliste. L’éducation devient progressivement l’un des secteurs les plus syndicalisés hors UGTA.

CNAPEST / CNAPESTE et CLA

Dans les années 2000, des collectifs et syndicats de l’enseignement secondaire jouent un rôle majeur dans de longues grèves portant sur salaires, statuts et conditions de travail. Leur reconnaissance administrative et leur représentativité font elles-mêmes l’objet de conflits.

Santé

Médecins, praticiens, paramédicaux et autres professionnels développent également des syndicats autonomes. Le secteur public hospitalier devient un autre foyer de négociation et de grèves sectorielles.

Un modèle fragmenté

Le pluralisme permet l’autonomie mais produit aussi une forte segmentation par métier, corps ou secteur. La construction d’une confédération interprofessionnelle commune demeure un enjeu récurrent.

Répression ou contrôle : positions en conflit

Des syndicats autonomes et ONG ont dénoncé refus de récépissés, sanctions et licenciements de militants. Les autorités ont invoqué selon les cas non-respect des procédures légales ou absence de représentativité. Ces contentieux sont régulièrement examinés par les organes de l’OIT.

ANNÉES 1990–2018 · RESTRUCTURATIONS ÉCONOMIQUES ET NOUVEAUX CONFLITS

Le salariat change : privatisations, chômage, précarité et secteur privé

Ajustement et entreprises publiques

Les réformes économiques des années 1990 restructurent des entreprises publiques et facilitent les suppressions d’emplois pour motifs économiques dans le cadre légal. Le coût social de ces transformations devient un enjeu majeur pour l’UGTA et les nouvelles organisations.

Assurance-chômage

En 1994, de nouveaux mécanismes de protection contre la perte involontaire d’emploi accompagnent les restructurations. Leur création traduit le passage d’un système d’emploi public relativement protecteur à une économie plus exposée aux licenciements.

2003 et après · grandes grèves de l’éducation

Des grèves longues dans l’enseignement secondaire donnent une visibilité nationale au CNAPEST et au CLA. Elles installent durablement la négociation salariale, les statuts particuliers et la représentativité des syndicats autonomes dans le débat public.

Secteur privé

La progression de l’emploi privé ne s’accompagne pas mécaniquement d’une implantation syndicale équivalente. Les recherches de Nacer Djabi, Samir Larabi et Abdelkrim Boudra soulignent les difficultés d’organisation dans les petites entreprises, la sous-traitance et les emplois précaires.

Confédérations et coordinations

Plusieurs syndicats autonomes cherchent à dépasser la logique strictement sectorielle en créant coordinations, fédérations ou confédérations. Les demandes d’enregistrement de certaines structures deviennent un contentieux récurrent devant les organes de l’OIT.

Femmes et syndicalisme

La féminisation de l’éducation, de la santé et de l’administration accroît la place des femmes dans les bases syndicales. Leur accès aux responsabilités nationales reste toutefois un objet de recherche et de revendication distinct des seuls taux d’adhésion.

2019 · HIRAK ET MOUVEMENTS SOCIAUX

Les syndicats entre revendications professionnelles et changement politique

Le Hirak n’est pas un mouvement syndical, mais il ouvre une nouvelle séquence pour les organisations de travailleurs. Des syndicats autonomes, collectifs professionnels et sections locales participent aux marches, grèves et prises de position, tandis que l’attitude de la direction de l’UGTA devient elle-même un sujet de contestation interne.

Grèves et arrêts de travail

Des appels sectoriels et locaux cherchent à articuler pression professionnelle et mobilisation citoyenne. Leur ampleur varie fortement selon entreprises, administrations et territoires.

UGTA : tensions internes

Des sections et militants demandent davantage d’indépendance à l’égard du pouvoir politique et contestent la direction nationale. Cette séquence illustre une nouvelle fois la tension historique entre représentation sociale et proximité institutionnelle.

Syndicats autonomes

Plusieurs organisations autonomes soutiennent les revendications de changement politique, d’État de droit et de libertés syndicales, tout en poursuivant leurs dossiers salariaux et statutaires.

Pas de direction syndicale unique du Hirak

Aucune centrale ne représente à elle seule le mouvement de 2019. La participation syndicale doit être replacée dans une mobilisation beaucoup plus large réunissant citoyens, étudiants, avocats, associations et collectifs professionnels.

2023–2026 · NOUVEAU DROIT SYNDICAL

Deux lois remplacent le cadre des années 1990

En 2023, l’Algérie réforme profondément le droit collectif du travail. La loi n°23-02 du 25 avril 2023 régit l’exercice du droit syndical ; la loi n°23-08 du 21 juin 2023 traite de la prévention et du règlement des conflits collectifs ainsi que de l’exercice du droit de grève.

Loi n°23-02

Le texte s’applique aux travailleurs salariés, employeurs et agents publics, sous réserve de régimes particuliers pour certains secteurs. Il définit organisations de base, fédérations, confédérations, représentativité, sections et délégués syndicaux.

Indépendance et politique

La loi affirme l’indépendance des organisations syndicales à l’égard des partis politiques, interdit des relations structurelles ou financières avec eux et sépare juridiquement activité syndicale et activité politique, hors domaines sociaux et économiques.

Protection contre la discrimination

La loi interdit à l’employeur de prendre en compte l’adhésion ou l’activité syndicale dans le recrutement, la promotion, la rémunération ou les mesures disciplinaires et prévoit des procédures de protection.

Loi n°23-08

Le texte remplace le cadre de 1990 pour les conflits collectifs et la grève. Il prévoit conciliation, médiation et autres mécanismes, ainsi que des conditions et restrictions à l’exercice du droit de grève.

Position du gouvernement

Devant l’OIT, le gouvernement présente les lois de 2023 comme une modernisation visant à renforcer liberté syndicale, procédures d’enregistrement, dialogue social et conformité aux Conventions n°87 et n°98.

Observations de l’OIT

Les organes de contrôle de l’OIT ont salué certains éléments tout en demandant des modifications ou garanties supplémentaires sur la représentativité, l’enregistrement, l’autonomie, la discrimination antisyndicale et certaines restrictions. Des observations de syndicats algériens continuent d’être examinées en 2025–2026.

2026 : un cadre encore en évaluation. Les Conventions OIT n°87 et n°98, ratifiées par l’Algérie le 19 octobre 1962, restent en vigueur. Les commentaires publiés par l’OIT en 2026 montrent que la réforme de 2023 est à la fois appliquée par l’administration et toujours discutée au regard des normes internationales.
CADRE JURIDIQUE · 2026

Droit syndical, grève et normes internationales

NiveauTextePortée
ConstitutionArt. 69Le droit syndical est reconnu et la loi en garantit le libre exercice.
ConstitutionArt. 70Le droit de grève est reconnu ; la loi peut l’interdire ou le limiter dans la défense, la sécurité et certains services ou activités publics d’intérêt vital.
Droit syndicalLoi n°23-02 du 25 avril 2023Constitution, enregistrement, indépendance, représentativité, fédérations/confédérations, délégués et protection contre la discrimination.
Conflits / grèveLoi n°23-08 du 21 juin 2023Prévention et règlement des conflits collectifs, conciliation, médiation et modalités de la grève.
OITConvention n°87Liberté syndicale et protection du droit syndical ; ratifiée le 19 octobre 1962.
OITConvention n°98Droit d’organisation et négociation collective ; ratifiée le 19 octobre 1962.
OITConvention n°135Protection des représentants des travailleurs ; ratification algérienne en 2006.
OITConvention n°144Consultations tripartites sur les normes internationales du travail ; ratification en 1992.
CARTOGRAPHIE · ORGANISATIONS ET FORMES

Comparer sans réduire le champ syndical

Organisation / familleNaturePériodeRepère
CGT / CGTU / UGSASyndicalisme issu des centrales françaises puis algérianiséColonisation–années 1950Premiers apprentissages ouvriers, forte présence dans ports, chemins de fer, mines et villes.
USTACentrale nationaliste liée au MNA1956–guerre de LibérationImplantation surtout dans l’émigration en France ; concurrence directe avec l’UGTA.
UGTACentrale interprofessionnelleDepuis 1956Rôle dans la guerre, centrale dominante après 1962, intégrée au système du parti unique puis présente dans le pluralisme.
SNAPAPSyndicat autonome de la fonction publiqueDepuis le pluralismeAdministration publique, libertés syndicales et revendications statutaires.
SATEFSyndicat autonome de l’éducationDepuis les années 1990Éducation, statut des travailleurs et pluralisme syndical.
CNAPESTE / CLA et autres syndicats de l’éducationSyndicalisme professionnel autonomeAnnées 2000–aujourd’huiLongues grèves, salaires, statuts et négociations sectorielles.
Syndicats de santéOrganisations professionnellesAnnées 1990–aujourd’huiPraticiens, paramédicaux, santé publique et conditions de travail.
Confédérations autonomesRegroupements interprofessionnelsPériode contemporaineTentatives de fédérer plusieurs syndicats ; enregistrement et représentativité parfois contentieux.
Organisations patronalesOrganisations d’employeursPluralisme économiqueActeurs du dialogue social et de la négociation collective ; leur indépendance est également protégée par le droit syndical.
DÉBATS HISTORIOGRAPHIQUES ET SOCIAUX

Sept questions structurantes

Classe ou nation ?

Sous colonisation, la lutte ouvrière se combine avec la revendication nationale. La création de l’USTA et de l’UGTA montre que les divisions politiques nationalistes traversent directement le syndicalisme.

UGTA : autonomie ou organisation de masse ?

Après 1962, l’UGTA revendique à plusieurs reprises une autonomie propre mais est progressivement intégrée au système du parti unique. Cette tension ne disparaît jamais complètement dans les structures locales ou professionnelles.

Pluralisme = indépendance ?

La possibilité juridique de créer plusieurs syndicats n’élimine pas les problèmes de récépissé, représentativité, financement, licenciements, accès aux locaux ou négociation effective.

Pourquoi surtout le secteur public ?

La concentration des syndicats autonomes dans l’éducation, la santé et l’administration s’explique notamment par la taille des collectifs, la stabilité de l’emploi et la capacité d’organisation, contrairement à une grande partie du secteur privé fragmenté.

Corporatisme ou spécialisation ?

Les syndicats par métier peuvent défendre efficacement des statuts professionnels mais peinent parfois à construire des plateformes interprofessionnelles communes.

Dialogue social ou cooptation ?

La participation aux négociations tripartites peut être interprétée comme institutionnalisation utile ou comme proximité excessive avec l’État. L’évaluation dépend des résultats, de l’indépendance réelle et du pluralisme des participants.

2023 : modernisation ou restriction ?

Le gouvernement présente les nouvelles lois comme un progrès de conformité internationale ; des organisations syndicales et organes de l’OIT demandent encore des ajustements. La mise en œuvre effective doit donc être suivie dans le temps.

CHRONOLOGIE · REPÈRES

1898–2026 : les principaux jalons

Fin XIXe s.

Premières sections syndicales dans l’Algérie coloniale, principalement parmi les travailleurs européens.

Années 1920

Développement du militantisme ouvrier algérien dans l’émigration en France, notamment à la CGTU puis dans d’autres réseaux.

1945–1954

Progression des adhérents algériens dans la CGT ; autonomisation graduelle des cadres syndicaux.

Juin 1954

La CGT d’Algérie devient Union générale des syndicats algériens (UGSA).

Fév. 1956

Constitution de l’USTA liée au MNA ; sources divergentes sur le jour exact autour de la mi-février.

24 fév. 1956

Création de l’UGTA.

23 mai 1956

Arrestation d’Aïssat Idir et de nombreux militants de l’UGTA.

28 janv.–4 fév. 1957

Grève générale de huit jours dans le cadre de la stratégie du FLN.

26 juil. 1959

Mort d’Aïssat Idir après plusieurs années de détention ; circonstances controversées entre autorités françaises et organisations syndicales.

19 oct. 1962

L’Algérie ratifie notamment les Conventions OIT n°87 et n°98.

17–20 janv. 1963

Premier congrès de l’UGTA après l’indépendance ; tournant majeur dans son rapport d’autonomie au FLN et au gouvernement.

1963–1988

Monolithisme syndical légal autour de l’UGTA dans le système du parti unique, malgré des conflits du travail persistants.

1988–1989

Crise sociale, Constitution pluraliste et ouverture du champ syndical.

6 fév. 1990

Loi n°90-02 sur conflits collectifs et grève.

2 juin 1990

Loi n°90-14 sur les modalités d’exercice du droit syndical ; base du pluralisme syndical pendant plus de trente ans.

Années 1990

Essor des syndicats autonomes dans la fonction publique ; restructurations économiques et suppressions d’emplois.

2003–2010

Grèves importantes dans l’éducation et la santé ; consolidation des syndicats professionnels autonomes.

2019

Participation de syndicats, sections et collectifs professionnels au Hirak, sans direction syndicale unique du mouvement.

25 avr. 2023

Loi n°23-02 relative à l’exercice du droit syndical.

21 juin 2023

Loi n°23-08 sur conflits collectifs de travail et droit de grève.

2024–2026

Mise en œuvre des nouvelles lois et poursuite du dialogue avec les organes de contrôle de l’OIT sur représentativité, enregistrement et protection syndicale.

SOURCES PRIMAIRES · DROIT

Textes à consulter directement

Constitution révisée en 2026 · articles 69 et 70
Reconnaissance du droit syndical et du droit de grève, avec encadrement légal.
Loi n°23-02 du 25 avril 2023 relative à l’exercice du droit syndical · JORADP n°29
Texte actuellement structurant pour organisations de base, fédérations, confédérations, représentativité, indépendance et protection syndicale.
Loi n°23-08 du 21 juin 2023 · JORADP n°42
Prévention et règlement des conflits collectifs de travail et exercice du droit de grève.
OIT NORMLEX · ratifications de l’Algérie
Conventions n°87 et n°98 ratifiées le 19 octobre 1962 ; autres instruments du travail applicables.
OIT · observation publiée en 2026 sur la Convention n°98
Suivi récent du droit d’organisation, de la négociation collective et des observations syndicales.
RECHERCHE · ARTICLES ET ÉTUDES

Travaux mobilisés dans la fiche

Nicola Lamri, « La CGIL et l’UGTA : circulations, solidarité, autonomie (1956–62) », 2024
Histoire transnationale des réseaux syndicaux pendant la guerre.
Nacer Djabi, Samir Larabi & Abdelkrim Boudra, Algérie : le mouvement syndical dans le secteur privé, FES, 2022
Étude des difficultés d’implantation et des nouvelles formes de travail dans le secteur privé.
OIT · affaire relative à la détention et à la mort d’Aïssat Idir
Archive institutionnelle présentant les allégations syndicales et les réponses des autorités françaises.
BIBLIOGRAPHIE ESSENTIELLE

Pour approfondir

Charles-Robert Ageron, « Vers un syndicalisme national en Algérie (1946–1956) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 1989.
Abdelmadjid Azzi, Le mouvement syndical algérien à l’épreuve de l’indépendance, Alger-Livres, 2012.
Nacer Djabi, avec Fadila Akkache, Hocine Zobiri et Samir Larabi, Les syndicats en Algérie, FES, 2020.
Mathilde von Bülow, travaux sur UGTA, guerre d’indépendance et internationalisme syndical.
Hacène Merani, études sur le syndicalisme colonial et post-indépendance.
Jeanne Favret-Saada, travaux sur syndicats, travailleurs et pouvoir dans les premières années de l’Algérie indépendante.
ARCHIVES VISUELLES · PATRIMOINE PRISMA

Conserver les médias de l’ancienne fiche

Ces médias appartenaient déjà à l’ancienne fiche. Les URL ont été corrigées vers le domaine actuel ; aucune légende événementielle précise n’est attribuée sans vérification complète de la provenance et du contexte.

MULTILINGUE · SYNTHÈSES ÉDITORIALES

Tamaziɣt / العربية / English

Tamaziɣt / Taqbaylit

Amussu asnadan deg Lezzayer yesɛa amezruy aɣezfan. Ibda deg tallit n tɣerma n Fransa s yimawlan n uxeddim, syin yuɣal d aferdis deg umennuɣ aɣelnaw. UGTA tettwarna deg 24 Fuṛaṛ 1956. Seld timunent, tuɣal d tasudut tagejdant n yimawlan n uxeddim, maca taluft n tlelli n usnadan tettɣimi d asentel agejdan.

Seg 1989–1990, aṭas n yisnadan ilelliyen ddan-d, ladɣa deg usegmi, tadawsa d tedbelt. Deg 2023, sin n yiseḍwan imaynuten beddlen azadur n usnadan d tɣuri n uḍrab.

Agzul aẓrayan n PRISMA; mačči d tasuqilt tunṣibt.

تاريخ الحركة النقابية في الجزائر

تعود جذور العمل النقابي في الجزائر إلى الفترة الاستعمارية وإلى العمال الجزائريين في فرنسا. وفي سنة 1956 ظهرت نقابات وطنية متنافسة، أبرزها الاتحاد العام للعمال الجزائريين الذي تأسس في 24 فبراير 1956 وشارك في دعم الكفاح من أجل الاستقلال.

بعد الاستقلال هيمن الاتحاد العام للعمال الجزائريين في ظل نظام الحزب الواحد. ومنذ دستور 1989 وقانون 1990 ظهر التعدد النقابي، خاصة في قطاعات الإدارة والتعليم والصحة. وفي 2023 صدر إطار قانوني جديد ينظم الحق النقابي والنزاعات الجماعية والإضراب.

ملخص تحريري من PRISMA وليس ترجمة رسمية.

Trade unionism in Algeria

Algerian trade unionism developed under colonial rule, among migrant workers in France and through French labour federations. In 1956 competing nationalist unions emerged, including the UGTA, founded on 24 February and closely linked to the independence struggle.

After independence, the UGTA became the dominant legal union within the one-party system. Political opening in 1989–90 created trade-union pluralism, particularly in public administration, education and health. In 2023 Algeria adopted new laws governing trade-union rights, collective disputes and strikes.

PRISMA editorial summary; not an official translation.

POURSUIVRE DANS PRISMA

Relier travail, mouvements sociaux et histoire politique

Note éditoriale PRISMA. Cette fiche devient une fiche-mère. L’UGTA, l’USTA, l’UGSA, les syndicats autonomes, Aïssat Idir, les grandes grèves, les lois de 1990 et 2023 et les principales organisations contemporaines doivent être reliés progressivement à Who’s Who, Archives, Société civile, Institutions, Portail du droit et Observatoire des transformations sociales.

Version éditoriale : 19 septembre 2026 · PRISMA Institut · les sources syndicales, gouvernementales, OIT et académiques sont distinguées selon leur nature.

Retour en haut