Féminismes et mouvements de femmes en Algérie
Généalogies, organisations, luttes juridiques, engagements sociaux et transformations du statut des femmes, de l’entre-deux-guerres à 2026. Un dossier pour distinguer histoire des femmes, mouvements de femmes, féminismes, politiques publiques et débats sur l’égalité.
Une histoire plurielle, qui ne commence ni en 1984 ni en 1954
Les mobilisations féminines en Algérie ont plusieurs généalogies : réforme sociale et éducation dans l’entre-deux-guerres, mouvements communistes et nationalistes des années 1940, engagement dans la guerre d’indépendance, organisations du parti unique, groupes autonomes des années 1970–1980, associations féministes après 1989, réseaux de lutte contre les violences et nouvelles mobilisations numériques et citoyennes.
Mouvement de femmes ≠ féminisme
Une organisation composée de femmes peut défendre une cause nationale, sociale, religieuse ou caritative sans faire de l’égalité entre les sexes son objectif principal. Le terme « féministe » doit être utilisé selon les revendications, les pratiques et l’auto-identification des actrices.
Libération nationale ≠ égalité automatique
Des milliers de femmes participent à la lutte anticoloniale dans des rôles variés. Leur engagement transforme des trajectoires individuelles et l’imaginaire national, mais l’indépendance ne produit pas mécaniquement l’égalité dans la famille, le travail ou le pouvoir politique.
Le droit ≠ les pratiques sociales
Constitution, Code de la famille, Code pénal, nationalité et droit électoral donnent des cadres différents. L’égalité juridique formelle, l’accès effectif aux droits et les normes familiales ou sociales doivent être analysés séparément.
Sept notions à distinguer
Histoire des femmes
Étude des expériences, du travail, de la famille, de l’éducation, de la participation politique et des rapports sociaux de sexe. Elle est plus large que l’histoire des seules militantes féministes.
Mouvement de femmes
Ensemble d’organisations et de mobilisations portées principalement par des femmes. Leurs objectifs peuvent être féministes, sociaux, professionnels, nationalistes, religieux, humanitaires ou mixtes.
Féminisme
Ensemble de pensées et de pratiques contestant les inégalités fondées sur le sexe ou le genre et revendiquant l’égalité ou l’émancipation des femmes. Il existe plusieurs féminismes, laïques, socialistes, libéraux, postcoloniaux, religieux ou non confessionnels.
Autonomie organisationnelle
Capacité d’un collectif à définir ses priorités indépendamment d’un parti, de l’État, d’un syndicat ou d’une institution religieuse. L’autonomie est un enjeu central dans les mouvements des années 1980.
Féminisme d’État
Expression analytique désignant des politiques publiques de promotion des femmes menées par les institutions. Elle ne signifie pas nécessairement autonomie des femmes ni égalité complète dans le droit privé.
Genre
Outil d’analyse des rôles, normes et rapports de pouvoir socialement construits entre les sexes. Il permet d’étudier simultanément droit, famille, travail, guerre, religion, classe sociale et espace public.
Intersection des rapports sociaux
Les expériences féminines diffèrent selon classe, territoire, génération, niveau d’éducation, langue, statut matrimonial, ruralité, handicap ou migration. Il n’existe pas une expérience unique de « la femme algérienne ».
Avant les associations féministes autonomes : éducation, réforme sociale et politisation
L’histoire des revendications féminines précède la guerre de Libération. Dans l’entre-deux-guerres, la « question des femmes » est discutée par des réformistes, des intellectuels, des communistes, des nationalistes et des femmes instruites. Sara Rahnama a montré l’importance des circulations intellectuelles avec l’Égypte, la Turquie et le Moyen-Orient, qui relativisent une histoire réduite au face-à-face France–Algérie.
Entre-deux-guerres
Presse, écoles, professions de santé et débats sur l’instruction des filles deviennent des lieux où s’élaborent des conceptions concurrentes de la modernité féminine. Certains discours articulent droits des femmes, réforme de l’islam et critique des hiérarchies coloniales.
1930s · militantes communistes
Des organisations liées au mouvement communiste mobilisent des femmes contre la guerre, la vie chère et pour des droits sociaux. Elles restent traversées par les hiérarchies raciales et coloniales de la société de l’époque.
1944 · Union des femmes d’Algérie
L’UFA est créée en 1944 sous forte influence communiste. Allison Drew montre qu’elle compte jusqu’à plusieurs milliers d’adhérentes et mobilise notamment sur la vie chère, la paix, les droits sociaux et progressivement l’anticolonialisme. Les Algériennes musulmanes y deviennent plus nombreuses à la fin des années 1940.
1947 · Association des femmes musulmanes algériennes
Mamia Aïssa-Chentouf et Nafissa Hamoud fondent l’AFMA dans le milieu nationaliste PPA-MTLD. L’association mène des activités d’éducation et d’entraide et crée un espace d’engagement public pour des femmes musulmanes dans le mouvement national.
Participer à la révolution sans abolir les rapports de genre
La participation des femmes est un fait majeur de la guerre d’indépendance, mais elle prend des formes très inégales. Les recherches de Djamila Amrane, fondées sur les dossiers d’anciens combattants, la presse et des dizaines d’entretiens, permettent de sortir du double stéréotype de la femme absente et de la combattante armée généralisée.
Des rôles multiples
Militantes civiles, agentes de liaison, collectrices, hébergeuses, infirmières, propagandistes, maquisardes et fidayate participent au conflit. D’après le corpus étudié par Djamila Amrane, les militantes civiles sont largement majoritaires parmi les femmes recensées.
Une minorité dans l’ensemble combattant
Les dossiers d’ayants droit étudiés par Amrane situent les femmes autour de 3 % des anciens combattants et militants reconnus. Cette faible proportion statistique n’empêche pas une visibilité symbolique considérable de certaines combattantes.
Figures et mémoires
Djamila Bouhired, Zohra Drif, Hassiba Ben Bouali, Djamila Boupacha, Baya Hocine, Nafissa Hamoud ou Mamia Chentouf incarnent des expériences différentes. Elles ne doivent pas être utilisées comme résumé unique de la participation féminine.
Après 1962 : continuités et frustrations
Natalya Vince montre que les anciennes combattantes ne disparaissent pas simplement de la vie publique après l’indépendance. Certaines poursuivent des engagements professionnels, sociaux ou politiques, tout en constatant le décalage entre reconnaissance héroïque et pouvoir réel accordé aux femmes.
Éducation et emploi progressent, l’autonomie politique reste limitée
L’État indépendant étend massivement l’école, la santé et l’emploi public. Les femmes entrent davantage dans l’enseignement supérieur et certaines professions. Mais le système du parti unique encadre fortement l’organisation politique et sociale, notamment à travers les organisations de masse.
1963 · Union nationale des femmes algériennes
L’UNFA devient l’organisation féminine de masse reconnue par le régime. Elle mène des activités d’alphabétisation, de formation et de mobilisation politique, tout en restant intégrée au système institutionnel du FLN.
8 mars 1965 · une marche majeure à Alger
Une importante manifestation de femmes traverse Alger à l’occasion de la Journée internationale des femmes. Les recherches de Natalya Benkhaled-Vince montrent que, derrière les mots d’ordre officiels, des revendications spontanées sur la condition féminine s’expriment aussi dans le cortège.
Université, travail et politisation
L’augmentation de la scolarisation et de l’emploi féminin crée de nouveaux espaces de sociabilité politique. Des étudiantes et travailleuses s’engagent dans les syndicats, les organisations de jeunesse, les réseaux de gauche, la solidarité internationale ou des groupes d’étude sur la condition des femmes.
Une question non résolue : le droit de la famille
Plusieurs projets de statut personnel sont discutés avant 1984. D’anciennes moudjahidate comme Baya Hocine interviennent publiquement contre des dispositions jugées inégalitaires. Le débat oppose visions de la famille, de l’identité nationale et de l’égalité juridique.

Du militantisme informel à la contestation du Code de la famille
À la fin des années 1970 et au début des années 1980, des étudiantes, enseignantes, travailleuses et militantes issues de différents courants cherchent à organiser des espaces plus autonomes. Le futur Code de la famille devient progressivement le principal objet de mobilisation.
Restrictions de déplacement
Des restrictions administratives imposant à certaines femmes l’autorisation d’un mari ou d’un père pour quitter le territoire suscitent des protestations à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Une mobilisation en 1981 contribue à leur retrait.
Groupes universitaires et de recherche
Les archives militantes mentionnent notamment un collectif indépendant à l’Université d’Alger autour de 1980, puis à Oran le Groupe de recherche sur les femmes algériennes et le Groupe de travail sur les femmes algériennes. Ces espaces articulent recherche, témoignage et action.
1981 · mobilisation contre un projet de Code
Des étudiantes, enseignantes, travailleuses et anciennes moudjahidate contestent un projet de statut familial. Réunions publiques, pétitions et rassemblements contribuent à rendre le sujet national. Le texte est retiré avant qu’un autre Code soit finalement adopté en 1984.
9 juin 1984 · Code de la famille
La loi n° 84-11 devient le cadre général du mariage, du divorce, de la filiation, de la tutelle et de l’héritage. Les organisations féministes en font rapidement un enjeu central, en soulignant les différences de droits et d’obligations qu’il institue entre femmes et hommes.
Un texte central, profondément modifié mais non remplacé
| Question | 1984 | Après la réforme de 2005 | Lecture prudente |
|---|---|---|---|
| Âge du mariage | Règles différentes selon le sexe dans le texte d’origine. | Âge légal fixé à 19 ans pour les deux sexes, avec possibilité de dispense judiciaire motivée. | Égalisation de l’âge légal, sans supprimer toutes les différences du droit familial. |
| Consentement / wali | Le wali occupe une place structurante dans la conclusion du mariage de la femme. | Le consentement des deux époux est affirmé ; la femme majeure conclut son mariage en présence de son wali, qu’elle peut choisir dans les conditions prévues par le Code. | La réforme réduit certaines asymétries mais ne supprime pas le wali. |
| Polygamie | Autorisée dans le cadre prévu par le Code. | Maintenue sous conditions, avec information/consentement procédural et autorisation judiciaire dans les cas prévus par le texte. | La réforme encadre davantage sans abolir la possibilité légale. |
| Divorce | Modes de rupture et conséquences différents selon l’époux ou l’épouse. | Des possibilités de divorce à l’initiative de la femme sont élargies, notamment par les motifs de l’article 53 ; le khol‘ demeure une voie distincte. | Des différences de mécanisme et de conséquences juridiques subsistent. |
| Logement / garde | Protection de la mère gardienne limitée dans le texte initial. | Renforcement de certaines obligations de logement au bénéfice de la titulaire de la garde dans les conditions légales. | L’application concrète dépend aussi de l’accès au juge et au logement. |
| Héritage | Régime successoral prévu par le Code. | La réforme de 2005 ne substitue pas un principe général d’égalité successorale. | La Constitution garantit le droit d’héritage ; les parts restent définies par le droit successoral du Code. |
Ce tableau est une synthèse juridique et non un conseil individuel. Pour un cas concret, il faut consulter le texte consolidé et, si nécessaire, un professionnel du droit.
L’ouverture de 1989 transforme le militantisme féminin
Après octobre 1988 et la Constitution de 1989, les libertés associatives et le multipartisme ouvrent un nouvel espace public. Des collectifs jusque-là informels se structurent juridiquement, publient, organisent des rencontres nationales et développent des réseaux dans plusieurs villes.
1989 · multiplication des associations
Égalité, Association pour la défense et la promotion des droits des femmes, associations pour l’émancipation ou la citoyenneté, Cris de femmes, Voix de femmes et d’autres collectifs apparaissent ou se formalisent. Les noms, implantations et durées d’activité varient selon les sources.
Une coordination nationale
Des militantes cherchent à élaborer des plateformes communes autour de l’abrogation ou de la transformation du Code de la famille, de l’égalité citoyenne, de l’accès au travail et de la présence dans l’espace public.
1991–1992 · une fracture stratégique
La montée du FIS, le premier tour des législatives de décembre 1991 puis l’interruption du processus électoral divisent aussi les féministes. Certaines privilégient la lutte contre un projet islamiste perçu comme menaçant les libertés ; d’autres insistent davantage sur la défense du processus démocratique. Les catégories militantes de l’époque ne doivent pas être reprises comme jugements de PRISMA.
Années 1990 · violence et nouvelles priorités
Des femmes sont ciblées par des groupes armés islamistes, tandis que l’ensemble de la société subit assassinats, disparitions, déplacements et violences multiples. Des associations féminines développent soutien aux victimes, documentation, aide juridique et campagnes contre la violence.
RACHDA, RAFD, FARD, SOS Femmes…
Le paysage associatif se diversifie : défense des droits, soutien aux femmes en détresse, documentation des violences, action sociale et campagnes juridiques. Certaines structures disparaissent ou se transforment ; d’autres restent actives plusieurs décennies.
Presse et production intellectuelle
Revues, journaux, brochures et publications associatives donnent une nouvelle visibilité aux débats féministes. Ils constituent aujourd’hui des archives essentielles pour reconstituer les divergences internes du mouvement.
Du soutien aux victimes aux mobilisations numériques et citoyennes
2000 · Réseau Wassila
Le réseau se structure autour de la prise en charge et de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Il combine écoute, orientation, expertise professionnelle, documentation et plaidoyer.
2001 · Hassi Messaoud
Des femmes travailleuses sont victimes d’attaques collectives particulièrement graves. L’événement devient un repère majeur des mobilisations contre les violences, la stigmatisation des femmes seules et la précarité dans les zones de travail.
2003–2004 · « 20 ans Barakat »
À l’approche du vingtième anniversaire du Code de la famille, une campagne relance publiquement la demande de transformation profonde du texte. Elle illustre la capacité des associations à construire des coalitions au-delà de leurs divergences.
2005 · famille et nationalité
L’ordonnance n° 05-02 réforme le Code de la famille. La même année, l’ordonnance n° 05-01 modifie le Code de la nationalité : l’enfant né d’un père algérien ou d’une mère algérienne est désormais considéré comme Algérien.
2012–2015 · représentation et violences
La loi organique de 2012 introduit des mécanismes visant à augmenter la représentation des femmes dans les assemblées élues. En 2015, la loi n° 15-19 modifie le Code pénal et crée notamment des dispositions spécifiques sur les violences commises par le conjoint et certaines formes de harcèlement.
2019 · Hirak et « carré féministe »
Les femmes participent au Hirak dans toute sa diversité. Des militantes féministes organisent également un espace visible, souvent appelé « carré féministe », pour inscrire explicitement l’égalité et les droits des femmes dans les revendications démocratiques. Cet espace ne représente pas à lui seul toutes les femmes du mouvement.
Nouveaux médias
Réseaux sociaux, vidéos, podcasts et campagnes numériques renouvellent les répertoires militants : témoignages sur le harcèlement, violences, droit familial, sexualité, travail, représentations médiatiques et circulation transnationale des débats.
2025–2026 · évolutions internationales et électorales
L’Algérie retire en novembre 2025 sa réserve à l’article 15(4) de la CEDAW. En 2026, le nouveau cadre électoral impose en principe qu’un tiers des candidats sur les listes nationales et locales soient des femmes, avec une dérogation transitoire prévue pour les premières élections suivant la réforme.
Égalité constitutionnelle et régimes juridiques différenciés
Le droit actuel combine des garanties constitutionnelles explicites d’égalité et de protection des femmes avec des règles sectorielles qui ne sont pas toutes construites sur un principe identique d’égalité formelle. La lecture doit donc se faire texte par texte.
| Domaine | Référence | Situation juridique synthétique |
|---|---|---|
| Égalité | Constitution, art. 35 et 37 | Les institutions doivent assurer l’égalité en droits et devoirs ; l’article 37 interdit notamment la discrimination fondée sur le sexe. |
| Violences | Constitution, art. 40 ; Code pénal | L’État protège les femmes contre toutes formes de violence dans les espaces public, professionnel et privé. La loi de 2015 a renforcé l’incrimination de certaines violences conjugales et du harcèlement. |
| Représentation politique | Constitution, art. 59 ; loi organique électorale 2026 | L’État doit favoriser les chances d’accès des femmes aux assemblées élues. En 2026, les listes doivent en principe comprendre un tiers de candidates. |
| Travail | Constitution, art. 68 | L’État œuvre à promouvoir la parité entre femmes et hommes sur le marché de l’emploi et la promotion des femmes aux responsabilités. |
| Nationalité | Ordonnance n° 05-01 de 2005 | L’enfant né d’un père algérien ou d’une mère algérienne est Algérien, corrigeant une ancienne asymétrie dans la transmission de la nationalité. |
| Famille | Loi n° 84-11 modifiée en 2005 | Des réformes ont modifié mariage, divorce, garde et droits patrimoniaux, mais le Code maintient plusieurs règles différenciées selon le sexe. |
| CEDAW | Adhésion 1996 | L’Algérie a retiré sa réserve à l’article 9(2) en 2009 et à l’article 15(4) en 2025. D’autres réserves formulées lors de l’adhésion demeurent dans le statut du traité. |
Ce que les organisations mettent en débat
Famille
Mariage, wali, divorce, garde, pension, polygamie, filiation, héritage et accès effectif à la justice.
Violences
Violences conjugales, féminicides, harcèlement, agressions dans l’espace public, accueil et accompagnement des victimes.
Travail
Accès à l’emploi, salaire, protection sociale, responsabilités, précarité et articulation entre travail rémunéré et travail domestique.
Éducation
Scolarisation, accès aux filières, contenus éducatifs, recherche, production scientifique et transmission de l’histoire des femmes.
Politique
Représentation dans les assemblées, partis, syndicats, associations et accès aux postes de décision.
Corps et santé
Santé reproductive, accès aux soins, maternité, information, intégrité corporelle et autonomie dans les décisions personnelles.
Mémoire
Place des femmes dans les récits de la guerre, archives du féminisme, transmission intergénérationnelle et visibilité des militantes.
Espace numérique
Campagnes en ligne, témoignages, contre-discours, cyberharcèlement et constitution d’archives nativement numériques.
Quelques repères, sans prétendre à l’exhaustivité
| Organisation / réseau | Période | Nature | Repère |
|---|---|---|---|
| Union des femmes d’Algérie (UFA) | 1944–1955 | Organisation de masse liée au milieu communiste | Vie chère, paix, droits sociaux, anticolonialisme ; composition évolutive. |
| Association des femmes musulmanes algériennes (AFMA) | À partir de 1947 | Organisation féminine du milieu nationaliste | Éducation, entraide, mobilisation politique et sociale. |
| UNFA | À partir de 1963 | Organisation féminine de masse du système du parti unique | Alphabétisation, formation, mobilisation institutionnelle ; autonomie limitée. |
| Collectifs autonomes universitaires / Oran | Années 1980 | Groupes féministes et de recherche | Condition féminine, droit familial, production de connaissances et mobilisation. |
| Associations pour l’égalité et les droits | À partir de 1989 | Associations autonomes | Code de la famille, citoyenneté, démocratie, égalité juridique. |
| SOS Femmes en détresse | Depuis les années 1990 | Association d’aide et de protection | Accueil, accompagnement et soutien aux femmes en situation de violence ou de détresse. |
| RACHDA / RAFD / FARD et autres | Années 1990 | Associations féminines et féministes | Droits, démocratie, violences, travail de terrain et campagnes publiques. |
| Réseau Wassila | Depuis 2000 | Réseau pluridisciplinaire | Lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, accompagnement et expertise. |
| 20 ans Barakat | 2003–2004 et suites | Collectif / campagne | Mobilisation autour du vingtième anniversaire du Code de la famille. |
| FACE / carré féministe | 2019 | Collectif dans le contexte du Hirak | Visibilisation des revendications féministes dans la mobilisation citoyenne. |
| Archives des luttes des femmes en Algérie | Période contemporaine | Collectif archivistique | Collecte, numérisation et transmission des traces des luttes féministes et féminines. |
Les noms, dates d’activité et statuts juridiques ont évolué ; une prochaine étape PRISMA consistera à créer une fiche sourcée pour chaque organisation et à les relier à Who’s Who, Archives et Société civile.
1930–2026 : une histoire en vingt jalons
Débats sur l’instruction, la modernité féminine, la réforme sociale et les droits dans la presse et les milieux politiques algériens.
Création de l’Union des femmes d’Algérie (UFA), sous forte influence communiste.
Fondation de l’Association des femmes musulmanes algériennes par Mamia Aïssa-Chentouf et Nafissa Hamoud.
Participation de femmes à la guerre de Libération dans des rôles civils, logistiques, sanitaires, politiques et armés.
Structuration de l’UNFA comme organisation féminine de masse dans le système du parti unique.
Grande manifestation de femmes à Alger ; articulation de mots d’ordre officiels et de revendications spontanées.
Mobilisations contre des restrictions administratives de déplacement et constitution de collectifs autonomes.
Rassemblements et pétitions contre un projet de Code de la famille ; le texte est retiré.
Promulgation de la loi n° 84-11 portant Code de la famille.
Ouverture pluraliste ; légalisation et multiplication d’associations autonomes de femmes.
Crise politique et divergences stratégiques au sein des courants féministes sur le processus électoral et la montée du FIS.
Violence politique ; développement d’associations de soutien, d’aide juridique et de lutte contre les violences.
Entrée en vigueur pour l’Algérie de la CEDAW, avec plusieurs réserves.
Structuration du Réseau Wassila autour de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants.
Violences collectives contre des travailleuses à Hassi Messaoud ; forte mobilisation associative et médiatique.
Campagne « 20 ans Barakat » autour du Code de la famille.
Réforme du Code de la famille et modification du Code de la nationalité, permettant la transmission par la mère algérienne.
Retrait par l’Algérie de sa réserve à l’article 9(2) de la CEDAW relatif à la nationalité des enfants.
Réforme de la représentation politique des femmes puis renforcement de dispositions pénales relatives aux violences et au harcèlement.
Participation massive des femmes au Hirak ; visibilité d’un courant féministe organisé dans le mouvement.
Retrait de la réserve algérienne à l’article 15(4) de la CEDAW relatif à la liberté de circulation, résidence et domicile.
Révision constitutionnelle limitée et nouveau cadre électoral : principe d’un tiers de candidates sur les listes nationales et locales.
Sept questions à ne pas simplifier
Quand commence le féminisme algérien ?
Selon la définition retenue, on peut remonter aux débats de l’entre-deux-guerres, aux organisations des années 1940 ou réserver le terme aux collectifs autonomes des années 1980. La périodisation est elle-même un objet de recherche.
Nationalisme et émancipation
La lutte nationale ouvre des espaces d’action inédits tout en subordonnant souvent les revendications féminines à l’indépendance. Le rapport entre nation et égalité ne peut donc être décrit comme purement émancipateur ou purement conservateur.
État et autonomie
Éducation, santé et emploi public peuvent favoriser l’autonomie individuelle alors que l’organisation politique reste encadrée. Les effets des politiques d’État doivent être distingués de l’autonomie du mouvement féministe.
Laïcité, religion et féminisme
Les militantes ne partagent pas toutes le même rapport au religieux. Certaines défendent une lecture séculière du droit, d’autres articulent égalité et références islamiques. Réduire le féminisme à une opposition « femmes contre religion » efface cette pluralité.
Années 1990
La violence et la polarisation politique modifient les priorités, les alliances et le vocabulaire des associations. Les sources militantes de la période doivent être contextualisées et croisées avec les archives judiciaires, associatives et académiques.
Ville, classe, territoire
Une grande partie des archives disponibles provient d’Alger, Oran et de milieux diplômés. L’histoire des femmes rurales, ouvrières, non francophones ou éloignées des réseaux associatifs demeure moins visible dans de nombreux corpus.
Mémoire des moudjahidate
La commémoration nationale valorise des héroïnes de guerre, mais cette reconnaissance symbolique ne dit pas à elle seule ce qu’elles ont pensé du statut des femmes, ni leurs engagements après 1962.
Documents juridiques à consulter directement
Texte fondateur du Code de la famille dans sa version de 1984.
Réforme du Code de la nationalité et modification du Code de la famille.
Introduit notamment des dispositions spécifiques relatives aux violences commises par le conjoint.
Articles 35, 37, 40, 59 et 68 particulièrement pertinents pour égalité, protection, représentation et emploi.
Le nouveau dispositif impose en principe un tiers de candidates sur les listes concernées, sous réserve des dispositions transitoires.
L’Algérie a adhéré en 1996 ; retraits de réserves enregistrés en 2009 et 2025.
Notification dépositaire officielle.
Études mobilisées dans ce dossier
Renouvelle la généalogie du féminisme en étudiant les débats de l’entre-deux-guerres et les circulations avec le Moyen-Orient.
Étude fine de l’UFA, du PCA, de la question coloniale et des assignations de genre.
Travail pionnier fondé sur les dossiers d’anciens combattants, la presse et des entretiens.
Analyse les trajectoires des anciennes combattantes et la construction de leur mémoire après 1962.
Recherche consacrée à la manifestation du 8 mars 1965 et aux engagements des anciennes combattantes après l’indépendance.
Ouvrage central sur la formation du mouvement autonome pour l’égalité et ses transformations.
Replace le mouvement des années 1980–1990 dans les transformations de l’État, l’islamisme et les réseaux féministes transnationaux.
Pour approfondir
Conserver les traces, corriger les liens
Les médias historiques de l’ancienne fiche ont été conservés. Leurs liens pointaient vers un ancien domaine erroné ; ils sont désormais réutilisés depuis le domaine PRISMA actuel. En l’absence de légendes archivistiques vérifiées, ils sont présentés comme documents visuels du corpus et non comme preuves d’un événement précis.
Prochaine étape documentaire recommandée : identifier précisément date, lieu, auteur, détenteur de droits et contexte de chaque image avant de leur attribuer une légende historique définitive.
العربية · English
الحركة النسائية والنسوية في الجزائر
يمتد تاريخ نضالات النساء في الجزائر إلى ما قبل حرب التحرير. فقد ظهرت فضاءات للنقاش حول تعليم البنات وحقوق النساء خلال فترة ما بين الحربين، ثم تأسست تنظيمات نسائية مرتبطة بالتيارات الشيوعية والوطنية في الأربعينيات. شاركت النساء في حرب التحرير بأدوار مدنية وسياسية ولوجستية وعسكرية متنوعة.
بعد الاستقلال، توسع التعليم والعمل النسائي، بينما بقي التنظيم السياسي خاضعاً لنظام الحزب الواحد. منذ نهاية السبعينيات وبداية الثمانينيات ظهرت مجموعات أكثر استقلالاً، وأصبح قانون الأسرة لسنة 1984 محوراً أساسياً للنضال من أجل المساواة. شهدت سنوات التسعينيات توسع الجمعيات النسائية في سياق العنف السياسي، ثم جاءت إصلاحات قانون الأسرة والجنسية سنة 2005 وإصلاحات لاحقة في مجال التمثيل السياسي ومكافحة العنف.
Women’s movements and feminisms in Algeria
The history of women’s activism in Algeria predates the War of Independence. Debates on girls’ education and women’s advancement emerged in the interwar period, followed by communist- and nationalist-linked women’s organizations in the 1940s. Women took part in the independence struggle in diverse civilian, political, logistical and armed roles.
After 1962, women’s access to education and employment expanded while political organization remained constrained by the one-party system. More autonomous feminist groups developed in the late 1970s and 1980s, with the 1984 Family Code becoming a major focus of mobilization. The 1990s brought both associational expansion and political violence; later reforms affected family law, nationality, violence and political representation.
This English text is an editorial summary. The French dossier remains the fully sourced reference version pending complete multilingual translation.
Relier histoire, droit, société et archives
Version éditoriale : 19 septembre 2026 · PRISMA Institut · sources consultées et croisées au niveau des documents primaires, ouvrages académiques et recherches spécialisées.
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