Ce qui se passe
À partir de la rentrée d’octobre 1944, une cellule de jeunes militants du Parti du peuple algérien (PPA) se structure autour du lycée de Ben Aknoun, à Alger. Elle réunit notamment Ali Laïmèche, Hocine Aït Ahmed, Amar Ould Hamouda, Omar Oussedik, Mohand Idir Aït Amrane, Saïd Chibane et Sadek Hadjerès. Plusieurs de ces militants joueront ensuite un rôle important dans le mouvement national.
Contexte
Cette génération se forme pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que les revendications nationales algériennes se renforcent. Le PPA cherche à développer son implantation parmi les lycéens et les étudiants. Bennaï Ouali assure notamment une liaison avec ces milieux militants. Le groupe de Ben Aknoun devient ainsi un espace de politisation, de formation et de réflexion sur l’avenir de l’Algérie.
Une identité algérienne et amazighe
Les membres du groupe défendent l’indépendance de l’Algérie tout en s’interrogeant sur la place de la langue et de l’héritage amazighs dans la définition de la nation. En janvier 1945, Mohand Idir Aït Amrane compose notamment le chant patriotique en kabyle Ekker a mmi-s umaziɣ (« Debout, fils d’Amazigh »). Cette production culturelle témoigne de l’articulation entre engagement national et affirmation d’une composante amazighe de l’Algérie.
Après le 8 mai 1945
La répression qui suit les événements de mai 1945 accélère la radicalisation de plusieurs membres de cette génération. Certains interrompent leurs études et s’engagent davantage dans l’action clandestine. Plusieurs rejoignent ensuite des structures du PPA-MTLD et participent aux réseaux qui préparent le recours à la lutte armée.
Pourquoi cet épisode compte
Le groupe de Ben Aknoun constitue un jalon important dans la formation d’une nouvelle génération du mouvement national. Il met aussi en lumière des débats qui deviennent plus visibles à la fin des années 1940 : définition de la nation algérienne, place de l’amazighité, rapports entre identité, langue et projet politique. Ces tensions réapparaissent lors de la crise dite « berbériste » de 1949.
Une appellation à contextualiser
L’expression « groupe berbériste » doit être employée avec précaution. Plusieurs de ses membres étaient kabyles et certains défendaient explicitement la reconnaissance de l’amazighité, mais le groupe se situait d’abord dans le cadre du nationalisme algérien et du PPA. Sadek Hadjerès a notamment contesté rétrospectivement l’idée d’une cellule constituée sur une base régionaliste ou exclusivement culturelle.
Principaux acteurs
Ali Laïmèche · Hocine Aït Ahmed · Amar Ould Hamouda · Omar Oussedik · Mohand Idir Aït Amrane · Saïd Chibane · Sadek Hadjerès. Bennaï Ouali joue également un rôle important dans la liaison politique avec les jeunes militants.
Repères
- Octobre 1944 — Constitution de la cellule PPA de Ben Aknoun selon le témoignage de Sadek Hadjerès.
- Janvier 1945 — Composition de Ekker a mmi-s umaziɣ par Mohand Idir Aït Amrane.
- Mai 1945 — Radicalisation de plusieurs militants dans le contexte de la répression.
- 1947 — Plusieurs membres accèdent à des responsabilités dans les structures nationalistes et clandestines.
- 1949 — La question de la définition de la nation et de l’amazighité contribue à une crise ouverte au sein du PPA-MTLD.